Association Française de Zootechnie

French association for animal production

In memoriam

Olivier Lapierre

Olivier LapierreLe professeur Olivier Lapierre nous a quitté en septembre 2012. Avec son énergie, son dynamisme, son allure jeune et sportive, nous l’imaginions parmi nous pour toujours. Repéré par Julien Coléou, Professeur de zootechnie, il débuta après ses études à l’INA P-G une carrière d’enseignant-chercheur en zootechnie qu’il conduira brillamment jusqu’aux plus hautes marches. Son attachement à l’établissement était total, même s’il prenait ses distances avec les instances de gouvernance. Directeur de la formation continue et des relations aux entreprises, il fut un temps directeur de l’ITIA (Formation d’Ingénieur conjointe ISIVE et CNAM). Il créa aussi Masternova (Mastère Spécialisé Management de l’Innovation Technologique dans les Agro-Activités et les Bio-Industries) et fut le co-fondateur de la spécialisation GIPE (Gestion, Innovation et Performance des Entreprises du vivant), qui devint rapidement une des spés les plus demandées. Il a enfin été extrêmement impliqué dans l’apprentissage, voie qu’il considérait comme particulièrement adaptée pour former des ingénieurs. Enfin, il fut toujours très impliqué dans la spé Zoot. Sa foi dans les étudiants de l’agro était extraordinaire. Aucune démagogie pourtant dans ses relations avec eux : il les voulait ambitieux mais prêts à se remettre en cause, brillants mais modestes et, toujours, travailleurs. Il fallait qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, lui-même ne ménageant jamais son temps ni son énergie pour les encadrer dans leur travail ou les accompagner dans leur projet professionnel. Mais Olivier avait un don pour créer la motivation chez les étudiants et tous s’impliquaient avec enthousiasme dans ses enseignements et projets.

Olivier, c’était aussi un chef d’entreprise. Il avait, au départ de Julien Coléou, pris la Direction du Cereopa (Centre d’Etudes et de Recherche sur l’Economie et l’Organisation des Productions Animales). Mais, comme du temps de Julien Coléou, le Cereopa n’était pas un bureau d’études comme les autres. Olivier l’avait qualifié de « copilote amical », pour exprimer la nature des relations qu’il voulait créer avec les entreprises et organismes partenaires. De ces nombreux partenariats, de cette proximité avec le monde professionnel, Olivier faisait toujours bénéficier les étudiants. Ses enseignements étaient toujours au cœur des préoccupations du monde des filières animales ou agricoles et alimentés par ce même monde professionnel, au travers d’interventions, de voyages d’études ou de stages. Son important réseau était également à la disposition des étudiants dans leur recherche d’emploi. Il a ainsi profondément marqué 35 promotions de zootechniciens, 12 promotions de Masternova, 9 promotions de Gipiens et toutes les promotions d’apprentis depuis la création de ce cursus.

Olivier, c’était un esprit vif et aiguisé. C’était aussi un esprit d’une grande inventivité : les idées, toujours pertinentes et novatrices, se succédaient à un rythme peu commun. Il fallait suivre ! De ses idées sont nés des projets d’envergure, notamment la Banque de Données de l’Alimentation Animale, Prospective Aliment, Produire du Lait Autrement, Grignon Energie Positive. Ses travaux, au cours des années 80 et 90, ont été dominés par la volonté qu’il avait d’accompagner les entreprises des filières animales dans l’amélioration de leurs systèmes d’information et de décision. Il avait inventé une expression qui regroupait ces préoccupations d’aide à la décision, de modélisation, d’optimisation : la praxéologie des systèmes complexes. Puis, au début des années 2000, et sans abandonner ses préoccupations premières, Olivier a pris le tournant de ce qu’il qualifiera quelques années plus tard d’Agriculture Positive. Cet extrait du blog qu’il avait récemment créé en définit l’origine : « Las des discours qui depuis des années dénigrent les progrès réalisés par l'agriculture française qui a permis à notre société de sortir d'une situation où sa sécurité alimentaire n'était pas garantie pour accéder au rang de leader mondial sur les marchés de l'agriculture, ce blog présente une approche optimiste du développement de l'agriculture ». Grignon Energie Positive a été l’aboutissement de cette démarche.

Olivier a toujours eu la volonté de s’entourer d’une équipe de jeunes, pour laquelle il avait beaucoup d’affection. Il avait instauré dans son équipe la parité avant la lettre. Il portait une grande attention aux individus, toujours sensible à leurs peines ou difficultés. Il avait aussi de petites attentions, comme des déjeuners au restaurant ou encore ses cadeaux de début d’année destinés à aiguiser les consciences. Le dernier fut un petit ouvrage de Paul Valéry, « Le bilan de l’Intelligence ». Enfin, nous suivions avec intérêt ses exploits sportifs. Il nous épatait avec les chronomètres réalisés dans les marathons auxquels il a participé à travers le monde.

Son souvenir nous accompagnera toujours. A ses proches, nous adressons toute notre affection.

Pour son équipe et ses collègues proches,

Emmanuelle Bourgeat, AgroParisTech

Jacques Bougler

Jacques BouglerJacques Bougler nous a subitement quittés en cette fin d’été 2007. Pour tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer, il laissera le souvenir d’un enseignant de grande classe et d’un scientifique dévoué au développement de l’élevage.

Né dans une famille d’agriculteurs, en Picardie, il fit ses études à l’Institut National Agronomique (INA) à Paris, dont il sortit major de promotion en 1959, puis à l’ENSAA de Dijon. Il fit toute sa carrière à l’INA, où il fut recruté comme Assistant en 1960 par le Professeur Jacques DELAGE et où il fut promu Professeur (PR1) en 1982. Jacques BOUGLER a enseigné à de nombreuses générations la génétique animale, depuis ses fondements scientifiques jusqu’à l’analyse de la diversité des programmes d’amélioration. Avec son maître, Pierre CHARLET, il a développé un enseignement original de zootechnie comparée. Jacques BOUGLER a marqué l’enseignement en France par la création, en 1969, d’un cours de formation continue, le CSAGAD, qu’il a organisé jusqu’à son départ à la retraite en 2001. Ce cours a touché une majorité des cadres des entreprises et organismes de sélection animale en France et un nombre substantiel d’enseignants des lycées agricoles. Jacques BOUGLER fut un acteur majeur de l’organisation de la sélection animale en France et de la mise en oeuvre de la Loi sur l’Elevage de 1966.

Pendant plus de 30 ans, il dirigea l’UNLG (Union Nationale des Livres Généalogiques, devenue France UPRA Sélection). Il a largement oeuvré au passage des anciens livres généalogiques à des structures de type UPRA. Il fut un membre assidu de la Commission Nationale d’Amélioration Génétique (CNAG) du Ministère de l’Agriculture, où ses avis pondérés étaient écoutés. Il agit activement pour la promotion des races animales françaises, par une présence régulière au Concours Général Agricole et en accompagnant la SOPEXA dans des missions à l’étranger. Jacques BOUGLER fut aussi un fidèle compagnon de route du Département de Génétique Animale de l’INRA, dont il fut membre du conseil scientifique, et avec qui il joua un rôle de premier plan lors de la création du GIE Labogena. Il prit une part active à la vie de la Société d’Ethnozootechnie, dont il fut membre du conseil d’administration. Jacques BOUGLER fit toujours preuve d’éclectisme dans le choix de ses terrains d’étude et dans son activité de développement. Il était à la fois convaincu de la nécessité de doter les « grandes » races d’une organisation solide et de programmes de sélection performants et de la nécessité de préserver les races menacées. Il eut un rôle important dans l’émergence de la notion de ressources génétiques animales et dans les actions pour la caractérisation et la conservation de ces ressources. C’est lui qui coordonna le premier inventaire des ressources génétiques animales françaises, en 1985, qui fut intégré à la base de données de la FEZ et est régulièrement actualisé sous la responsabilité du Bureau des Ressources Génétiques.

Au sein des équipes qu’il dirigeait, à l’INA ou à l’UNLG, comme dans les instances et groupes de travail auxquels il participait, Jacques BOUGLER faisait preuve de profondes qualités humaines. Convaincu de la valeur de l’engagement, il poussait ses collaborateurs à prendre des initiatives et à accepter des responsabilités, tout en veillant scrupuleusement à la cohésion du groupe. Interlocuteur apprécié et respecté, il fut un véritable créateur de liens, notamment à une époque où les structures chargées de l’interface entre les équipes de recherche et les acteurs de la sélection étaient peu ou pas développées. La réussite professionnelle de Jacques BOUGLER fut grande, elle ne l’a pas détourné d’une discrétion et d’une modestie qui étaient une seconde nature chez lui. Avec Jacques, nous perdons un maître aimé et estimé, un ami. Puissions-nous faire vivre et évoluer ce qu’il a bâti avec tant de détermination, et retenir et valoriser ce qu’il nous a transmis avec tant de générosité.

Etienne Verrier, Professeur à AgroParisTech

Article paru dans : "INRA Productions Animales" 2007, volume 20, n°4, p 274

Jean-Louis Tisserand

Jean-Louis TisserandLe professeur Jean Louis Tisserand, qui participa sans relâche à la vie de notre Association française de zootechnie, est décédé le 8 juin 2007 à Dijon. Ce fut un des zootechniciens renommés des cinquante dernières années. Né à Nancy en 1932, il fit ses études à Paris à l’Institut National Agronomique (1953-1956) et à l’Université Paris-Sorbonne en Biologie et Physiologie. Il fit ensuite une brillante carrière de chercheur et d’enseignant en zootechnie. D’abord assistant, puis chargé de recherches à l’INRA auprès de M. Zelter (1955-1962), il fut ensuite chef de travaux, puis maître de conférence en Zootechnie à l’INA (1966). Il quitta ensuite Paris pour Dijon en 1967, où il fut nommé professeur de Zootechnie à l’Ecole Nationale des Sciences Appliquées (ENESAD) récemment créée et y enseigna jusqu’à la fin, même après sa retraite (1998). Dans le domaine de la recherche, sa spécialité fut l’alimentation et la nutrition des herbivores de différentes espèces (ovins, bovins, caprins, camélidés et notamment les équidés). Il étudia en particulier l’utilisation des fourrages pauvres, la conservation des fourrages par ensilage, l’utilisation de l’azote non protéique par les ruminants, la digestion des aliments par les équidés, la valorisation des protéagineux. Auteur de 49 publications et de 82 communications scientifiques, il encadra 24 thèses et de nombreux mémoires d’étudiants.

Il consacra aussi une part importante de son activité au développement de l’élevage dans sa région de Bourgogne et en Franche-Comté (systèmes laitiers et systèmes de production de viande, valorisation des fourrages et des sous produits, élevages caprins, porcs coureurs) en relation directe avec les éleveurs et avec leurs organisations (Chambres d’Agriculture, Instituts Techniques…) ou avec les organisations territoriales (Parc Régional du Morvan…). Il participa à de nombreux groupes de travail nationaux avec les Instituts techniques agricoles (ITEB, ITOVIC, ITCF…). Il apporta toute sa compétence, son dévouement et une partie de son temps aux activités et à l’animation de diverses associations françaises dans son domaine de recherche et d’enseignement : zootechnique, (AFZ, dont il fut secrétaire de 1994 à 2007), fourragère (AFPF), nutritionnelle (AFN) ; ainsi qu’à l’Académie d’Agriculture de France dont il fut correspondant (1987) puis membre (2002). Il fut appelé comme conseiller technique, en charge de l’enseignement supérieur agronomique, au cabinet de Ministres de l’Agriculture (1968-1972, B. Pons, J. Chirac).

Son action internationale fut également considérable. A la Fédération Européenne de Zootechnie (FEZ), il fut un participant régulier des réunions annuelles dans les divers pays, assurant la permanence de l’AFZ au sein de cette association et en s’y engageant pleinement. Il fut secrétaire, puis président de la commission de nutrition (1984-1994), membre du conseil d’administration (1994-1998), président du comité des publications (1998- 2000), président de plusieurs groupes de travail (1996-2005) sur l’enseignement supérieur, les élevages alternatifs ou les contacts méditerranéens. Il s’impliqua aussi très fortement au Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes (CHIEAM), comme enseignant au centre de Saragosse (1968-1998), expert, conseiller scientifique, responsable de programmes et membre du comité consultatif scientifique (1987-1992). Il fut également membre ou responsable de plusieurs groupes de travail de la FAO (1990-1999). Il aborda ainsi une diversité de thèmes et de situations, à la demande des autorités concernées, dans de nombreux pays (production de lait et de viande en zone méditerranéenne, utilisation et gestion d’espaces steppiques et d’oasis par l’élevage, élevage et protection de l’environnement – en Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Algérie, Tunisie, Maroc, Egypte, Syrie, Palestine, Ethiopie, Somalie, Burkina-Faso).

Son activité enthousiaste et son dévouement furent inlassables dans toutes ces diverses actions au service des étudiants, des éleveurs de France et du monde, de la science agronomique et des diverses associations auxquelles il apporta son précieux concours. Grand pédagogue, il a marqué de son empreinte un grand nombre d’étudiants et de collaborateurs. Sa voie puissante ne retentira plus dans nos assemblées. Il savait attirer l’attention et développer ses convictions avec force, tout en restant modeste et simple avec tous. C’était un ami discret mais solide pour ceux qui l’ont bien connu et lui ont fait confiance. Il était officier de la Légion d’Honneur (2001) et chevalier de l’Ordre National du Mérite (1971). Ses obsèques religieuses ont été célébrées le 12 juin en l’église St-Michel à Dijon. En souvenir aussi de son épouse et de son fils qu’il avait eu la douleur de perdre au cours de sa vie.

Ses nombreux collègues et amis ne l’oublieront pas.

Claude Béranger, directeur de recherche honoraire à l'INRA

Julien Coléou

Julien ColéouJulien Coléou nous a subitement quittés ce 6 août 2003. Avec lui disparaît une des personnalités les plus originales de la zootechnie française, et une figure majeure du dernier demi-siècle de l'Agro.

Né le 17 octobre 1926 à Plouguer (29), dans une famille paysanne nombreuse, il a passé son enfance à Plévin, au cœur de la Bretagne bretonnante. Ingénieur Agronome en 1951, il prolonge sa formation à l'ENSSAA, puis à la Faculté des Sciences de Paris. Il fait toute sa carrière à l'Agro, en zootechnie, de 1953 à 1995. Il est Professeur en 1964, Professeur Emérite en 1995. La trajectoire de Julien est singulière. Formé dans l'équipe prestigieuse du Professeur Leroy, il inaugure rapidement une voie personnelle, explorant des chemins jusque là peu visités, et contribuant de façon éminente au renouvellement de la zootechnie. Il est particulièrement attentif aux conditions concrètes de mise en œuvre des innovations par les éleveurs. Le Domaine de La Haizerie lui fournit un outil exceptionnel, pour le test de nouvelles techniques, la mise au point de nouveaux modèles de production, la confrontation avec le monde professionnel... Ses travaux portent sur les "instruments fourragers", grains et coproduits compris, leur conservation, les régimes et les performances zootechniques permises. Il noue une collaboration très féconde avec l'ITCF, dont il crée la recherche appliquée en production animale. Il joue un rôle majeur dans l'émergence et le développement de la production de taurillon, dans l'extension du maïs, dans l'essor de la déshydratation artificielle des fourrages. Il est au coeur de la relance des études sur le cheval dès 1970, contribue nettement au développement de l'aquaculture dès les années 1980. Simultanément, il développe dans la durée une activité intense en direction du Sud, au Maroc dans les années 1960, puis en Algérie où ses équipes compteront jusqu'à une trentaine d'ingénieurs. Un de ses derniers CV fait état de 183 missions à l'étranger, dans 33 pays.

Il crée à l'Agro un enseignement "d'économie et organisation des productions", sans équivalent dans les autres Ecoles agronomiques. Dès les années 60, il y parle "d'ensembles organisés de production animale", bien avant que la notion de filière ait émergé. Son enseignement est très lié au terrain, porte une attention constante aux acteurs, aux contraintes du marché, donc à la consommation ; nourri des contacts multiformes dans les entreprises, il donne toujours une vision internationale des questions. En 1968, il est parmi les acteurs majeurs de la rénovation pédagogique qui a marqué si profondément et durablement l'Agro. Il s'impose en homme d'interface, navigant en permanence entre formation, entreprises et monde professionnel, développement des filières. Jusqu'à ses derniers jours, son regard sur les enjeux essentiels : environnement, risque, image de la production animale... est très original.

Son attention aux élèves et anciens élèves était incomparable. Il a contribué à former 7000 ingénieurs, dont un bon millier de zootechniciens. Il a dirigé une cinquantaine de thèses. Son projet de formation était la raison et le ciment de son activité protéiforme. Pour soutenir celle-ci, il a créé au sein de l'INA P-G le Cereopa, et la société ERA pour être le support de ses actions vers le Sud. Il a présidé le Département des Sciences Animales pendant 15 ans, l'AFZ de 1985 à 1992, recherchant par cette dernière le croisement des compétences. Il a appartenu à plusieurs Conseils Scientifiques, à la CIIAA durant une vingtaine d'années. Il était membre de l'Académie d'Agriculture. A ses collaborateurs et collègues, il laisse l'exemple de l'ambition la plus exigeante pour son Etablissement, de l'engagement le plus fort pour ses élèves, et le souvenir de qualités humaines et d'un charisme en tous points exceptionnels.

Pour les collaborateurs de Julien,

Jean Lossouarn, professeur à AgroParisTech